Combien rapporte une assurance vie : du taux affiché à ce qui reste
Publié le par John Bergerat

Le taux qu'on lit partout n'est pas celui qu'on touche. Le rendement des fonds en euros est publié net des frais de gestion mais brut de prélèvements sociaux, et il ignore l'inflation. En 2025, l'ACPR relève 2,63 % sur les contrats individuels : il reste 2,18 % après prélèvements sociaux, et 0,37 % une fois la hausse des prix retirée. Sur 10 000 €, cela fait 37 € de pouvoir d'achat gagnés en un an. Les unités de compte racontent une autre histoire, avec d'autres risques : mesurées sur toutes les périodes de vingt ans depuis 1990, elles laissent 30 393 € nets pour 10 000 € placés, contre un chiffre bien inférieur pour un fonds en euros.
Une même enveloppe, deux produits qui n'ont rien à voir
La question n'a pas de réponse unique parce que l'assurance vie n'est pas un placement : c'est un contenant.
À l'intérieur, deux natures de support coexistent, et elles se comportent de façon opposée.
Le fonds en euros. Le capital est garanti par l'assureur, et les intérêts acquis chaque année le sont définitivement. En contrepartie, le rendement est faible et il est fixé par l'assureur, dans les limites de ce que rapportent les obligations qu'il détient. C'est un produit de conservation.
Les unités de compte. Le capital n'est pas garanti. Le rendement est celui des supports choisis, actions, obligations, immobilier, et il peut être négatif. C'est un produit d'exposition.
Un contrat peut ne contenir que l'un, que l'autre, ou les deux. Parler du rendement de l'assurance vie sans préciser lequel revient donc à mélanger un livret et un portefeuille d'actions.
Les deux sections qui suivent les traitent séparément.
Le fonds en euros : du taux affiché à ce qui reste
Trois soustractions séparent le chiffre publié de celui qu'on encaisse, et deux d'entre elles sont systématiquement omises.
Première remarque : les sources ne disent pas la même chose. Pour l'exercice 2025, l'ACPR relève 2,63 % sur les contrats individuels et 2,64 % sur les contrats collectifs. France Assureurs publie 2,60 %. Le cabinet Facts & Figures estime 2,65 %. Ce n'est pas qu'une des quatre se trompe : elles ne comptent pas le même périmètre de contrats ni ne pondèrent de la même façon. L'écart de cinq centièmes est petit, mais il indique la précision réelle de ce genre de moyenne.
Un deuxième point mérite d'être dit : autour de cette moyenne, la dispersion est large. Certains contrats mutualistes ont servi au-delà de 3,50 % en 2025, et d'autres bien en dessous de la moyenne. Un taux moyen ne décrit aucun contrat en particulier.
Deuxième soustraction : les prélèvements sociaux. Ils sont de 17,2 % sur l'assurance vie, taux maintenu lors du relèvement du 1er janvier 2026 qui a porté les autres revenus du capital à 18,6 %. Sur un fonds en euros, ils sont prélevés chaque année, à la source, au moment de l'inscription des intérêts en compte. Il n'y a rien à faire et rien à attendre : le taux publié n'en tient pas compte, mais l'assureur les a déjà retenus.
À 2,63 %, il reste donc 2,18 %.
Troisième soustraction : l'inflation. En juin 2026, les prix ont augmenté de 1,8 % sur un an selon l'INSEE. Le gain réel tombe à 0,37 %. Mesuré contre l'inflation sous-jacente, qui écarte les prix volatils et ressortait à 1,0 %, il est de 1,17 %.
En euros, sur 10 000 € placés un an : 263 € d'intérêts bruts, 45 € de prélèvements sociaux, 218 € nets, et 37 € de pouvoir d'achat supplémentaire.
Une quatrième soustraction existe, mais seulement au retrait. L'impôt sur le revenu ne frappe qu'au rachat, à 7,5 % au-delà de l'abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule, sur les contrats de plus de huit ans. Les intérêts qui restent dans le contrat ne le supportent pas.
Où passent les intérêts, sur 10 000 € et une année
Fonds en euros au taux ACPR de 2,63 % relevé au titre de 2025. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sont retenus chaque année à la source. La perte de pouvoir d'achat est calculée sur le capital de 10 000 € à partir de l'inflation de 1,8 % constatée en juin 2026. L'impôt sur le revenu n'apparaît pas : il n'est dû qu'au moment d'un rachat.
Fonds en euros 2025 : du taux publié au pouvoir d'achat
Prélèvements sociaux de 17,2 %, prélevés chaque année à la source sur un fonds en euros. Inflation d'ensemble de 1,8 % sur un an en juin 2026, inflation sous-jacente de 1,0 %. Les quatre lignes sont quatre mesures du même exercice par quatre organismes, sur des périmètres différents.
| Source | Taux publié | Net de prélèvements sociaux | Net d'inflation | Net d'inflation sous-jacente |
|---|---|---|---|---|
| ACPR, contrats individuels | 2,63 % | 2,18 % | +0,37 % | +1,17 % |
| ACPR, contrats collectifs | 2,64 % | 2,19 % | +0,38 % | +1,17 % |
| France Assureurs | 2,60 % | 2,15 % | +0,35 % | +1,14 % |
| Facts & Figures | 2,65 % | 2,19 % | +0,39 % | +1,18 % |
Les unités de compte : une distribution, pas un taux
Sur cette partie du contrat, la question change de nature. Il n'y a pas de taux annoncé, il y a une distribution de résultats possibles.
Nous avons rejoué 10 000 € placés en une fois sur un fonds indiciel d'actions mondiales, à l'intérieur d'un contrat d'assurance vie, sur toutes les périodes de dix et vingt ans disponibles depuis 1990. Sont déduits les frais courants du fonds à 0,25 %, les frais de gestion du contrat, puis la fiscalité complète d'un rachat après huit ans : 17,2 % de prélèvements sociaux sur le gain, plus 7,5 % d'impôt sur la part qui dépasse l'abattement de 4 600 €.
À vingt ans, la médiane donne 33 295 € nets dans un contrat sans frais de gestion sur unités de compte, 30 393 € dans un contrat à 0,50 %, et 28 786 € dans un contrat à 0,80 %.
Rapporté en taux annuel net, cela fait respectivement 6,20 %, 5,72 % et 5,43 %.
Deux précautions accompagnent ces chiffres, et elles ne sont pas de pure forme.
La première : une médiane n'est pas une promesse. Sur les mêmes périodes, le premier décile et le pire cas sont nettement plus bas, et sur les horizons courts une partie des périodes se termine en dessous de la mise. La distribution complète est dans l'article consacré à un capital de 50 000 €.
La seconde : les séries sont en dollars, et le change ajoute pour un épargnant en euros une variabilité que ces chiffres ne capturent pas.
Ce qui reste solide, en revanche, c'est l'écart entre les trois colonnes. Il ne dépend d'aucune prévision : seuls les frais changent.
Unités de compte : 10 000 € placés, nets de tout
Actions mondiales, frais courants du fonds à 0,25 %, médiane de toutes les périodes de cette durée disponibles depuis 1990. Fiscalité d'un rachat après huit ans appliquée : 17,2 % de prélèvements sociaux sur le gain, plus 7,5 % d'impôt sur la part dépassant l'abattement de 4 600 €. Seuls les frais de gestion du contrat changent d'une ligne à l'autre.
| Frais de gestion du contrat | 10 ans, net | 20 ans, net | Taux annuel net sur 20 ans |
|---|---|---|---|
| Aucun | 18 902 € | 33 295 € | 6,20 % |
| 0,50 % | 18 117 € | 30 393 € | 5,72 % |
| 0,80 % | 17 664 € | 28 786 € | 5,43 % |
Le seul chiffre connu d'avance est celui des frais
C'est la conclusion pratique de tout ce qui précède, et elle renverse la façon dont on choisit habituellement un contrat.
Le rendement futur d'un fonds en euros dépend de la politique de l'assureur et du niveau des taux obligataires. Celui des unités de compte dépend des marchés. Ni l'un ni l'autre ne figure dans le contrat qu'on signe.
Les frais, eux, y figurent tous, et ils sont de quatre sortes.
- Les frais sur versement, jusqu'à 3 % chez certains assureurs traditionnels, nuls chez les courtiers en ligne. Ils se prélèvent une fois, mais sur le capital avant qu'il ne travaille.
- Les frais de gestion sur les unités de compte, de l'ordre de 0,50 % chez les courtiers en ligne à 0,80 % et au-delà ailleurs, prélevés chaque année sur l'encours.
- Les frais de gestion sur le fonds en euros, déjà déduits du taux publié, ce qui les rend invisibles mais bien réels.
- Les frais d'arbitrage, prélevés à chaque changement de support.
L'écart entre 0,50 % et 0,80 % de frais de gestion représente 1 607 € sur vingt ans pour 10 000 € placés, dans notre mesure. Sur un capital dix fois plus grand, il représente dix fois plus.
Ce mécanisme est exactement celui des intérêts composés, appliqué en sens inverse, et son ampleur surprend pour la même raison : le détail est dans l'article sur un capital de 10 000 €.
Une dernière question mérite d'être posée avant celle du contrat : sur une poche d'actions, l'assurance vie n'est pas l'enveloppe la moins imposée. Le PEA acquitte 18,6 % de prélèvements sociaux sur le gain et pas d'impôt sur le revenu, contre 17,2 % plus 7,5 % pour l'assurance vie. La comparaison chiffrée est ici.
Ce que ce calcul ne dit pas
Le rendement 2025 n'est pas une prévision. Les taux servis sur les fonds en euros suivent, avec retard, le niveau des taux obligataires. Ils sont passés sous 1,30 % au début de la décennie avant de remonter. Rien n'indique où ils seront dans cinq ans.
La moyenne masque une dispersion large. Entre le contrat qui a servi 1,50 % et celui qui a servi 3,50 % en 2025, l'écart est plus grand que tout ce qui a été discuté ici. Le taux de son propre contrat figure sur le relevé annuel.
La garantie du capital a une limite. En cas de défaillance de l'assureur, le fonds de garantie des assurances de personnes couvre 70 000 € par assuré et par compagnie. Au-delà, la garantie du capital est celle d'un bilan, pas celle de l'État. C'est le point de départ de l'argumentaire des contrats luxembourgeois, traité dans un article séparé.
La transmission n'est pas dans le rendement. L'exonération de droits de succession à hauteur de 152 500 € par bénéficiaire, pour les versements effectués avant 70 ans, est un avantage réel qui ne se lit sur aucun taux.
Ce calcul porte sur un placement donné, à une date donnée. Il ne tient compte ni de la situation fiscale, ni de l'horizon, ni du reste du patrimoine, et il ne constitue pas une recommandation.
Questions fréquentes
Combien rapporte une assurance vie en 2026 ?
Pour le fonds en euros, l'ACPR relève 2,63 % au titre de 2025 sur les contrats individuels. Il en reste 2,18 % une fois les prélèvements sociaux de 17,2 % retirés, et 0,37 % une fois l'inflation de 1,8 % déduite. Pour les unités de compte, il n'y a pas de taux : le résultat dépend des supports choisis et peut être négatif.
Le taux affiché est-il net de prélèvements sociaux ?
Non. Le rendement publié d'un fonds en euros est net des frais de gestion mais brut de prélèvements sociaux. Ceux-ci sont prélevés chaque année à la source, au moment où les intérêts sont inscrits en compte. À 2,63 % affichés, ce sont 2,18 % qui restent.
Pourquoi les rendements publiés diffèrent-ils selon les sources ?
Pour 2025, l'ACPR donne 2,63 % sur les contrats individuels et 2,64 % sur les collectifs, France Assureurs 2,60 %, le cabinet Facts & Figures 2,65 %. Les périmètres de contrats et les pondérations diffèrent. Aucune n'est fausse, mais l'écart indique la précision réelle de ce type de moyenne.
Combien rapportent 10 000 € sur une assurance vie en un an ?
Au taux ACPR de 2,63 % sur un fonds en euros : 263 € d'intérêts bruts, 45 € de prélèvements sociaux, soit 218 € nets. Face à une inflation de 1,8 %, cela représente 37 € de pouvoir d'achat gagnés. L'impôt sur le revenu ne s'ajoute qu'au moment d'un rachat.
Combien rapportent les unités de compte sur le long terme ?
Mesuré sur toutes les périodes de vingt ans disponibles depuis 1990 en actions mondiales, 10 000 € donnent 30 393 € nets de tout dans un contrat à 0,50 % de frais de gestion, soit 5,72 % par an. Une médiane n'est pas une promesse : sur les horizons courts, une partie des périodes se termine en dessous de la mise.
L'assurance vie est-elle imposée chaque année ?
Sur le fonds en euros, les prélèvements sociaux sont prélevés chaque année à la source. L'impôt sur le revenu, lui, n'est dû qu'au moment d'un rachat, à 7,5 % au-delà de l'abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule sur les contrats de plus de huit ans. Sur les unités de compte, tout est différé au rachat.
Que couvre la garantie en cas de faillite de l'assureur ?
Le fonds de garantie des assurances de personnes couvre 70 000 € par assuré et par compagnie. Au-delà de ce plafond, la garantie du capital d'un fonds en euros repose sur le bilan de l'assureur, pas sur l'État. C'est ce plafond qui sert d'argument principal aux contrats de droit luxembourgeois.
Sources
- Rendement 2025 des fonds en euros : Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, 2,63 % sur les contrats individuels et 2,64 % sur les contrats collectifs. France Assureurs, 2,60 %. Cabinet Facts & Figures, 2,65 %.
- Prélèvements sociaux sur l'assurance vie maintenus à 17,2 % lors du relèvement du 1er janvier 2026 : service-public.gouv.fr, actualité A18796 du 10 février 2026, et impots.gouv.fr.
- Fiscalité des rachats et abattement de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple, après huit ans : impots.gouv.fr.
- Inflation : INSEE, indice des prix à la consommation, Informations rapides n° 168 du 10 juillet 2026, résultats définitifs. Hausse de 1,8 % sur un an en juin 2026, inflation sous-jacente à 1,0 %.
- Garantie en cas de défaillance : fonds de garantie des assurances de personnes, 70 000 € par assuré et par entreprise d'assurance, code des assurances.
- Unités de compte : Kenneth R. French Data Library, Tuck School of Business, Dartmouth. Actions mondiales, rendements mensuels dividendes inclus, en dollars, depuis 1990. Méthode : capital unique rejoué sur toutes les périodes glissantes, médiane retenue, périodes recouvrantes. Chiffres arrêtés au 28 juillet 2026.
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Publié le 29 juillet 2026. Contenu éducatif. Ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Voir l'avertissement sur les risques.