Assurance vie ou PEA : sur des actions, l'écart est réglé d'avance
Publié le par John Bergerat

La comparaison est presque toujours présentée comme un arbitrage. Elle ne l'est pas quand il s'agit de détenir des actions : à exposition identique et à frais nuls, le PEA garde 3 786 € d'avance sur vingt ans, et 12 489 € sur trente. L'écart n'est pas dû aux frais, il est fiscal et structurel. Les frais ne font que l'aggraver. En revanche l'assurance vie reprend la main sur trois terrains où le PEA ne peut pas la suivre, et c'est là que la comparaison redevient une vraie question.
Le calcul, à exposition identique
Pour que la comparaison ait un sens, il faut neutraliser tout ce qui n'est pas l'enveloppe. Même support, mêmes versements, même durée, retrait unique en fin de période. Le support retenu est un fonds indiciel d'actions européennes à 0,25 % de frais courants, éligible aux deux enveloppes. Le plan est de 300 € par mois, rejoué sur toutes les périodes disponibles depuis 1990, et c'est la médiane qui est retenue.
À vingt ans, 72 000 € versés, le capital brut médian s'établit à 139 723 € dans les deux enveloppes, par construction. Ce qui les sépare vient ensuite.
Le PEA de plus de cinq ans acquitte 18,6 % de prélèvements sociaux sur le gain, et rien d'autre. Soit 12 597 €, pour un net de 127 127 €.
L'assurance vie de plus de huit ans acquitte 17,2 % de prélèvements sociaux sur la totalité du gain, plus 7,5 % d'impôt sur le revenu sur la part qui dépasse 4 600 € d'abattement annuel. Soit 16 383 € à frais de gestion nuls, pour un net de 123 341 €.
L'écart est de 3 786 €, et il n'existe aucun contrat capable de le supprimer, puisqu'aucun frais n'a encore été compté.
Capital net d'impôt, de cinq à trente ans
300 € par mois sur un fonds indiciel d'actions européennes à 0,25 % de frais courants, identique des deux côtés. Assurance vie à 0,50 % de frais de gestion. Chaque point est la médiane des périodes de cette durée disponibles depuis 1990. L'écart existe dès la cinquième année et s'élargit ensuite, sans jamais se refermer.
Le détail du calcul à vingt ans
72 000 € versés à raison de 300 € par mois, actions européennes, retrait unique en fin de période. Le capital brut est identique par construction : seules la fiscalité et les frais de gestion séparent les deux colonnes. Chiffres réglementaires arrêtés au 28 juillet 2026.
| Enveloppe | Capital brut | Impôt total | Capital net | Écart |
|---|---|---|---|---|
| PEA, plus de 5 ans | 139 723 € | 12 597 € | 127 127 € | référence |
| Assurance vie, 0 % de frais | 139 723 € | 16 383 € | 123 341 € | − 3 786 € |
| Assurance vie, 0,50 % | 131 834 € | 14 434 € | 117 400 € | − 9 727 € |
| Assurance vie, 0,80 % | 127 289 € | 13 311 € | 113 977 € | − 13 150 € |
Une part structurelle, une part de frais
L'écart se décompose en deux morceaux de nature différente, et c'est ce qui rend la conclusion solide.
La part structurelle tient aux 7,5 % d'impôt sur le revenu que l'assurance vie paie et que le PEA ne paie pas. Elle est irréductible. Le relèvement des prélèvements sociaux au 1er janvier 2026 a réduit cet écart sans le renverser : l'assurance vie est restée à 17,2 % quand le PEA passait à 18,6 %, ce qui lui donne 1,4 point d'avance sur cette ligne. Rapporté à un gain de 67 723 €, cela représente 948 €, à comparer aux 4 734 € d'impôt sur le revenu qu'elle acquitte par ailleurs.
La part de frais, elle, croît avec la durée et finit par dominer. Les frais de gestion sur unités de compte s'échelonnent d'environ 0,50 % chez les courtiers en ligne à 0,80 % et au-delà chez les assureurs traditionnels. Ils s'appliquent à l'encours, donc chaque année sur un capital plus gros : c'est le mécanisme des intérêts composés qui joue contre l'épargnant.
Le résultat à vingt ans, pour les mêmes 72 000 € versés :
- assurance vie sans frais de gestion : 123 341 €, soit 3 786 € de moins que le PEA
- assurance vie à 0,50 % : 117 400 €, soit 9 727 € de moins
- assurance vie à 0,80 % : 113 977 €, soit 13 150 € de moins
À trente ans, l'écart passe à 34 817 € pour un contrat à 0,50 %, et à 47 041 € pour un contrat à 0,80 %.
D'où vient l'écart, en euros
La part fiscale vient des 7,5 % d'impôt sur le revenu que l'assurance vie acquitte et que le PEA n'acquitte pas, nette de l'avance de 1,4 point dont elle bénéficie sur les prélèvements sociaux. Elle est irréductible. La part de frais dépend du contrat et finit par peser deux fois plus lourd.
Il n'existe pas de taux de frais qui renverse le résultat
La question posée d'ordinaire est : à partir de quel niveau de frais l'assurance vie décroche. Elle n'a pas de réponse, parce qu'elle suppose que l'assurance vie part devant.
On a cherché le taux de frais de gestion qui égalise les deux enveloppes. Il n'existe pas : à dix, vingt et trente ans, le PEA reste devant même quand les frais de gestion de l'assurance vie sont fixés à zéro, ce qu'aucun contrat ne propose.
La conclusion n'est donc pas que l'assurance vie coûte cher. C'est qu'elle est fiscalement désavantagée sur les actions, indépendamment de son tarif. Un contrat gratuit resterait derrière.
Ce résultat vaut pour un retrait unique en fin de période. Un retrait fractionné, étalé sur plusieurs années pour utiliser l'abattement de 4 600 € à chaque fois, réduit l'écart. Il ne le renverse pas non plus : l'abattement porte sur le gain retiré, et sur un capital de cette taille il faudrait étaler les retraits sur une décennie pour l'épuiser.
Les trois terrains où le PEA ne peut pas suivre
Le raisonnement précédent ne vaut que sur des actions. Il s'arrête net dès qu'on sort de ce périmètre, et c'est là que l'assurance vie retrouve sa raison d'être.
Ce que le PEA n'accepte pas. L'enveloppe est réservée aux actions de sociétés de l'Union ou de l'Espace économique européen, et aux fonds investis à au moins 75 % en titres éligibles. Ni obligations, ni fonds obligataires, ni fonds en euros. Un épargnant qui veut une poche à capital garanti ou une part obligataire ne peut pas la loger dans un PEA. La comparaison ne se pose alors même pas.
Le plafond. Le PEA s'arrête à 150 000 € de versements, 225 000 € en comptant le PEA-PME. L'assurance vie n'a aucun plafond. Pour un patrimoine qui dépasse ces montants, la question n'est plus laquelle choisir mais dans quel ordre les remplir.
La transmission. C'est l'argument le plus souvent avancé, et il mérite d'être chiffré plutôt que cité. Les versements effectués avant 70 ans sont exonérés de droits à hauteur de 152 500 € par bénéficiaire, puis taxés à 20 % jusqu'à 700 000 € et 31,25 % au-delà. Un PEA, lui, entre dans la succession sans régime particulier.
Combien vaut cet avantage ? Au plus 30 500 € par bénéficiaire, soit 20 % de 152 500 €. Rapporté aux écarts calculés plus haut, il couvre largement les 9 727 € de manque à gagner à vingt ans avec un contrat à 0,50 %. À trente ans, avec 34 817 € d'écart, il ne suffit plus avec un seul bénéficiaire. Il redevient suffisant à partir de deux.
Ce que le calcul permet de décider, et ce qu'il ne permet pas
Sur une poche d'actions destinée à être conservée puis retirée, le PEA est supérieur et l'écart se chiffre. La question de savoir laquelle des deux enveloppes choisir ne se pose pas, sous réserve d'avoir passé les cinq ans de détention. Le simulateur PEA permet de rejouer ce calcul sur ses propres versements.
Sur une épargne qui mêle actions, obligations et capital garanti, le PEA ne peut porter que la première poche. Les deux enveloppes ne sont alors pas concurrentes, elles sont complémentaires, et l'ordre logique est de saturer le PEA sur la partie actions avant de loger le reste ailleurs.
Une troisième enveloppe entre dans la comparaison dès que la tranche marginale atteint 30 % : le plan d'épargne retraite, dont la déduction change l'arbitrage sans le renverser partout. Le calcul est dans l'article consacré à sa déduction fiscale. Et pour la part qui reste liquide, ce que rapporte réellement un Livret A au plafond donne l'ordre de grandeur de ce qu'on abandonne en restant à l'abri.
Sur un objectif de transmission, le calcul change de nature : il ne s'agit plus de comparer des capitaux nets mais des droits de succession, qui dépendent du nombre de bénéficiaires, de leur lien de parenté et de l'ensemble du patrimoine transmis. Aucun simulateur ne répond à cela, et cet article non plus.
Ce calcul ne tient pas compte non plus de la situation fiscale personnelle, de l'horizon réel, ni de la capacité à supporter une baisse. Il compare deux enveloppes sur un plan donné, rien de plus.
Questions fréquentes
Le PEA est-il toujours plus avantageux que l'assurance vie ?
Sur des actions, oui, et l'écart est mesurable : 3 786 € sur vingt ans même à frais de gestion nuls. Dès qu'on sort des actions, la question ne se pose plus dans ces termes, puisque le PEA n'accepte ni obligations, ni fonds obligataires, ni fonds en euros.
Pourquoi l'assurance vie paie-t-elle moins de prélèvements sociaux ?
Depuis le 1er janvier 2026, les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont passés de 17,2 % à 18,6 %, la CSG ayant été relevée de 1,4 point. L'assurance vie et les bons de capitalisation ont été maintenus à 17,2 %. Cette avance de 1,4 point représente 948 € sur notre cas à vingt ans, contre 4 734 € d'impôt sur le revenu qu'elle acquitte par ailleurs.
Faut-il attendre huit ans sur une assurance vie et cinq ans sur un PEA ?
Ce sont les seuils au-delà desquels chaque enveloppe donne son régime le plus favorable. Le seuil du PEA est de cinq ans depuis la loi Pacte de 2019, et non de huit comme on le lit encore souvent. Pour le PEA, le délai court à compter du premier versement : ouvrir un plan avec un montant symbolique suffit à faire démarrer l'horloge, même si l'essentiel des versements vient bien plus tard.
Peut-on avoir les deux ?
Oui, et c'est le cas le plus fréquent. Ils ne remplissent pas la même fonction : le PEA porte la poche actions dans la limite de 150 000 € de versements, l'assurance vie porte ce que le PEA n'accepte pas et ce qui dépasse le plafond. L'ordre logique est de saturer le PEA sur les actions en premier.
L'avantage successoral de l'assurance vie compense-t-il l'écart ?
Il vaut au plus 30 500 € par bénéficiaire, soit 20 % de l'exonération de 152 500 €. Cela couvre largement l'écart à dix et vingt ans. À trente ans, avec 34 817 € d'écart pour un contrat à 0,50 %, il ne suffit plus avec un seul bénéficiaire et redevient suffisant à partir de deux.
Le calcul tient-il compte des frais sur versement ?
Non, seulement des frais de gestion annuels sur l'encours et des frais courants du support. Les frais sur versement, encore pratiqués par certains assureurs jusqu'à 3 %, s'ajouteraient au désavantage de l'assurance vie. Le calcul lui est donc favorable sur ce point.
Sources
- Prélèvements sociaux et prélèvement forfaitaire unique : service-public.gouv.fr, actualité A18796 du 10 février 2026, et impots.gouv.fr. Chiffres réglementaires arrêtés au 28 juillet 2026.
- Régime du PEA : service-public.gouv.fr, fiche F2385. Seuil de cinq ans issu de la loi Pacte du 22 mai 2019.
- Assurance vie, rachats et succession : impots.gouv.fr. Abattement de 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple.
- Actions européennes : Kenneth R. French Data Library, Tuck School of Business, Dartmouth. Rendements mensuels dividendes inclus, en dollars, depuis 1990.
- Méthode : plan de versement rejoué sur toutes les périodes glissantes de l'historique, sans sélection a posteriori. Médiane retenue. Les périodes se recouvrent et ne constituent pas des observations indépendantes.
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Publié le 29 juillet 2026. Contenu éducatif. Ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Voir l'avertissement sur les risques.