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Plafond du Livret A atteint : ce qu'il rapporte, et ce qu'il a coûté

John Bergerat

Publié le par John Bergerat

Épargne·8 min
Illustration à l'encre bleue : une route droite qui file vers l'horizon, barrée par une barrière abaissée portant une pancarte où est écrit Livret A. Une personne de dos se tient devant, face à la route qui continue au-delà.

Le plafond est atteint à 22 950 € de dépôts. Au taux de 1,70 % en vigueur depuis le 1er août 2026, cela produit 390 € d'intérêts par an. La question qui suit n'est pas de savoir où placer la suite, mais de mesurer d'abord ce que le livret fait réellement une fois l'inflation retirée. Sur les dix dernières années, il a rapporté 14,4 % quand les prix montaient de 21,0 % : une perte de 5,5 % de pouvoir d'achat. Six années sur dix ont été négatives en termes réels. Ce n'est pas un défaut du produit, c'est sa fonction : le Livret A est un instrument de liquidité, et le plafond est le moment où beaucoup s'en servent comme réserve de valeur.

Ce que le plafond veut dire exactement

Le plafond du Livret A est de 22 950 € pour une personne physique. Il porte sur le cumul des versements, et non sur le solde du compte.

La distinction a une conséquence pratique : une fois le plafond atteint, les intérêts continuent de s'ajouter et le solde dépasse 22 950 €. Un livret ouvert au plafond en 2016 affiche aujourd'hui 26 256 €. Ce qui est bloqué, c'est la possibilité de verser, pas la capitalisation.

Le taux est passé à 1,70 % au 1er août 2026, contre 1,50 % depuis le 1er février. Il est révisé deux fois par an, aux 1er février et 1er août, sur une formule réglementaire fondée sur l'inflation et les taux monétaires, et non plus sur une décision discrétionnaire du gouvernement.

Au plafond, cela représente 390 € d'intérêts par an, soit 32 € par mois. Nets de tout : le Livret A est exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, ce qui reste son avantage le plus solide.

Un foyer ne peut détenir qu'un seul Livret A par personne. Un couple dispose donc de 45 900 € de capacité, et chaque enfant mineur peut en avoir un.

Ce qu'il a réellement rapporté, une fois l'inflation retirée

Un taux nominal ne dit rien tant qu'on ne lui a pas soustrait la hausse des prix. Nous avons donc rejoué le taux du Livret A mois par mois depuis 1987, en le comparant à l'indice des prix à la consommation de l'INSEE sur les mêmes années.

Le résultat dépend entièrement de la période retenue, et c'est le point important.

Sur trente-neuf ans, de 1987 à 2025, le livret a produit +38,0 % de pouvoir d'achat supplémentaire, soit +0,83 % par an. Un résultat honorable pour un placement sans risque et disponible à tout moment.

Sur vingt ans, de 2006 à 2025, il tombe à +1,8 % cumulés, soit +0,09 % par an. Autrement dit, rien.

Sur dix ans, de 2016 à 2025, il devient négatif : +14,4 % de rendement contre +21,0 % d'inflation, soit −5,5 % de pouvoir d'achat, ou −0,56 % par an.

L'écart entre ces trois chiffres vient d'un seul mécanisme : à 0,83 % par an la capitalisation finit par produire beaucoup, à 0,09 % elle ne produit rien du tout. C'est la sensibilité des intérêts composés au taux qui joue, et elle est brutale dans le bas du barème.

Ce basculement n'est pas une moyenne trompeuse. Sur les trente-neuf années observées, sept affichent un rendement réel négatif, et six d'entre elles se situent dans la dernière décennie : 2017, 2018, 2019, 2021, 2022 et 2023. La pire est 2022, avec un taux moyen de 1,38 % face à 5,2 % d'inflation, soit −3,63 % en un an.

Les deux dernières années sont revenues en territoire positif, à +1,02 % en 2024 et +1,07 % en 2025. La séquence négative n'est donc pas un état permanent.

Ce que le Livret A a gagné ou perdu, année par année

Taux du Livret A capitalisé mois par mois sur chaque année civile, moins la variation annuelle moyenne de l'indice des prix de l'INSEE. Les sept années négatives depuis 1987 sont toutes postérieures à 2010, et six d'entre elles tombent dans la dernière décennie. 2022 est la pire, avec un taux moyen de 1,38 % face à 5,2 % d'inflation.

année où le livret gagne du pouvoir d'achat année où il en perd

Le Livret A une fois l'inflation retirée, selon la période

Taux du Livret A capitalisé mois par mois sur chaque année civile, comparé à la variation annuelle moyenne de l'indice des prix à la consommation de l'INSEE. Le résultat change de signe selon la fenêtre retenue : c'est la raison pour laquelle une seule période ne suffit pas à conclure.

PériodeLivret AInflationRéel cumuléRéel par an
1987 à 2025, 39 ans+181,7 %+104,2 %+38,0 %+0,83 %
1996 à 2025, 30 ans+88,0 %+60,8 %+16,9 %+0,52 %
2006 à 2025, 20 ans+40,1 %+37,7 %+1,8 %+0,09 %
2011 à 2025, 15 ans+23,9 %+27,8 %−3,1 %−0,21 %
2016 à 2025, 10 ans+14,4 %+21,0 %−5,5 %−0,56 %

Où en est-on aujourd'hui, précisément

Le taux de 1,70 % s'applique depuis le 1er août 2026. L'inflation, elle, s'établissait à 1,8 % sur un an en juin 2026, après 2,4 % en mai, selon les résultats définitifs de l'INSEE.

À ces deux chiffres, le Livret A est donc à 0,1 point sous la hausse des prix. Pratiquement à l'équilibre.

Un deuxième chiffre nuance la lecture. L'inflation dite sous-jacente, qui écarte les prix volatils et les tarifs publics, ressort à 1,0 % sur la même période. L'écart entre les deux vient largement de l'énergie, à +11,0 % sur un an. Mesuré contre cette inflation sous-jacente, le Livret A à 1,70 % dégage 0,7 point de rendement réel.

Les deux mesures sont légitimes et ne racontent pas la même chose. La première décrit ce que coûte réellement un panier de consommation. La seconde décrit la tendance de fond, moins sensible à un choc énergétique passager.

Ce qu'on peut en dire sans se tromper : à la date de cet article, le Livret A ne fait ni gagner ni perdre de pouvoir d'achat de façon significative. Il conserve la valeur, il ne la fait pas croître. C'est exactement ce qu'on attend d'une réserve de liquidité, et c'est insuffisant pour un capital destiné à durer vingt ans.

Les deux marches suivantes, toujours sans risque

Avant d'envisager quoi que ce soit de risqué, deux livrets réglementés restent disponibles et fonctionnent selon les mêmes règles : capital garanti, disponibilité immédiate, exonération totale d'impôt et de prélèvements sociaux.

Le LDDS, livret de développement durable et solidaire. Plafond de 12 000 €, rémunéré au même taux que le Livret A. Comme lui, le plafond porte sur les versements et les intérêts peuvent le dépasser. Il n'y a aucune condition d'accès autre que d'être domicilié fiscalement en France. Au plafond et à 1,70 %, il produit 204 € par an.

Le LEP, livret d'épargne populaire. Plafond de 10 000 €, rémunéré 2,5 %, soit 0,8 point de plus que le Livret A. Il est soumis à une condition de revenu fiscal de référence, fixée à 23 028 € pour une part en 2026, et relevée selon le nombre de parts. Au plafond, il produit 250 € par an.

Le LEP mérite d'être vérifié plutôt que supposé inaccessible : le seuil de revenu couvre une part significative des foyers, et une proportion notable des personnes éligibles n'en détient pas.

Cumulés, ces deux livrets ajoutent 22 000 € de capacité à un Livret A saturé, sans changer de nature de placement. Pour un couple dont les deux membres sont éligibles au LEP, la capacité totale en épargne réglementée dépasse 90 000 €.

C'est seulement une fois ces marches franchies que la question du risque se pose réellement.

Les trois livrets réglementés, au plafond

Intérêts annuels calculés au plafond de versement et aux taux en vigueur au 1er août 2026. Les trois sont exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, à capital garanti et disponibles à tout moment. Le LEP est soumis à une condition de revenu fiscal de référence.

LivretPlafondTauxIntérêts par anCondition
Livret A22 950 €1,70 %390 €aucune
LDDS12 000 €1,70 %204 €aucune
LEP10 000 €2,50 %250 €revenu fiscal
Les trois cumulés44 950 €844 €

Au-delà : ce que change le passage au risque

Passé l'épargne réglementée, il n'existe plus de placement à la fois garanti, disponible et défiscalisé. Tout ce qui suit implique un arbitrage explicite entre trois choses : le rendement espéré, la disponibilité, et la possibilité de perdre.

La première question n'est pas laquelle des enveloppes choisir, mais combien doit rester liquide. Une réserve de précaution correspond en général à trois à six mois de dépenses courantes. Cette part n'a rien à faire ailleurs que sur un livret, quel que soit son rendement réel : elle n'est pas là pour rapporter, elle est là pour éviter d'avoir à vendre au mauvais moment.

Le reste relève d'un horizon. En dessous de cinq ans, l'exposition aux actions expose à un résultat négatif dans une part non négligeable des cas historiques. Au-delà de quinze ans, cette proportion s'effondre dans les données observées, sans jamais devenir nulle par principe.

Sur le choix de l'enveloppe elle-même, deux articles complémentaires chiffrent la question : assurance vie ou PEA sur une poche d'actions, et ce que trente-cinq ans de marché disent d'un capital de 50 000 €.

Deux outils permettent de mesurer sur ses propres montants. Le simulateur Livret A rejoue le taux réel du livret depuis 1986 et affiche le résultat en pouvoir d'achat. Le simulateur d'épargne compare ce même plan à d'autres allocations, sur toutes les périodes historiques disponibles.

Ce qui précède ne constitue pas une recommandation. Un plafond atteint n'oblige à rien, et laisser 22 950 € sur un Livret A est une décision défendable si la liquidité compte plus que le rendement. Ce qui compte est de la prendre en connaissant le chiffre.

Questions fréquentes

Peut-on dépasser 22 950 € sur un Livret A ?

Oui, mais seulement par capitalisation des intérêts. Le plafond porte sur le cumul des versements. Une fois atteint, la banque refuse tout nouveau dépôt, mais les intérêts continuent de s'ajouter chaque année et le solde dépasse alors le plafond. Un livret au plafond depuis 2016 affiche environ 26 256 € aujourd'hui.

Que rapporte un Livret A au plafond ?

390 € par an au taux de 1,70 % applicable depuis le 1er août 2026, soit 32 € par mois. Ce montant est net : le Livret A est exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Au taux précédent de 1,50 %, il produisait 344 € par an.

Faut-il retirer son argent du Livret A ?

La question dépend de l'usage prévu, pas du taux. Pour une réserve de précaution, correspondant à trois à six mois de dépenses, le Livret A reste adapté quel que soit son rendement réel : sa fonction est la disponibilité immédiate. Pour un capital destiné à rester placé quinze ou vingt ans, le calcul montre qu'il ne conserve le pouvoir d'achat que dans les périodes favorables. Sur 2016 à 2025, il en a perdu 5,5 %.

Le LDDS a-t-il le même taux que le Livret A ?

Oui. Le LDDS est rémunéré au même taux, soit 1,70 % depuis le 1er août 2026, avec les mêmes règles d'exonération. Son plafond est de 12 000 €, et comme pour le Livret A les intérêts capitalisés peuvent le dépasser. Il n'est soumis à aucune condition de revenu.

Qui a droit au LEP ?

Le LEP est ouvert sous condition de revenu fiscal de référence, fixée à 23 028 € pour une part en 2026 et relevée selon le nombre de parts du foyer. Il est rémunéré 2,5 %, soit 0,8 point de plus que le Livret A, dans la limite de 10 000 €. L'éligibilité se vérifie auprès de sa banque, qui interroge l'administration fiscale directement.

Le Livret A protège-t-il de l'inflation ?

Pas mécaniquement. Sa formule de calcul tient compte de l'inflation, mais avec un décalage et un lissage qui l'empêchent de suivre un choc rapide. En 2022, le taux moyen servi a été de 1,38 % face à une inflation de 5,2 %, soit une perte de 3,63 % en une année. Sur les trente-neuf années observées depuis 1987, sept affichent un rendement réel négatif, dont six dans la dernière décennie.

Sources

  • Plafond et régime du Livret A : service-public.gouv.fr, fiche F2365. Plafond de 22 950 € portant sur les versements, hors intérêts capitalisés.
  • LDDS : service-public.gouv.fr, fiche F2368, vérifiée le 20 février 2026. Plafond de 12 000 €. LEP : fiche F2367, plafond de 10 000 €, revenu fiscal de référence de 23 028 € pour une part.
  • Taux du Livret A : décisions ministérielles publiées. Passage à 1,70 % au 1er août 2026, annoncé le 15 juillet 2026 sur proposition du gouverneur de la Banque de France.
  • Inflation : INSEE, indice des prix à la consommation, Informations rapides n° 168 du 10 juillet 2026, résultats définitifs. Hausse de 1,8 % sur un an en juin 2026, inflation sous-jacente à 1,0 %. Séries annuelles depuis 1980, variation annuelle moyenne, Licence Ouverte Etalab 2.0.
  • Méthode : taux du Livret A capitalisé mensuellement sur chaque année civile, comparé à la variation annuelle moyenne de l'indice des prix. Rendement réel calculé par rapport des facteurs cumulés. Chiffres réglementaires arrêtés au 28 juillet 2026.

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Publié le 29 juillet 2026. Contenu éducatif. Ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Voir l'avertissement sur les risques.