PER et déduction fiscale : l'exemple chiffré, et le seuil des 30 %
Publié le par John Bergerat

La déduction des versements sur un plan d'épargne retraite est presque toujours présentée comme un gain. Elle n'en est pas un : c'est un report d'imposition. L'argent déduit à l'entrée sera imposé à la sortie, au barème, et ce qui reste au bout dépend de trois choses seulement. La tranche marginale au moment du versement, celle qui s'appliquera à la retraite, et les frais du contrat. Une fois ces trois éléments posés, l'écart avec un PEA se calcule. Il est franchement positif à partir de la tranche à 30 %, négatif en dessous, et il s'annule dès que le contrat prélève 0,69 % par an.
Ce que la déduction fait, et ce qu'elle ne fait pas
Un versement volontaire sur un PER se déduit du revenu imposable de l'année. Un salarié qui gagne 60 000 € et verse 5 000 € est imposé sur 55 000 €.
Ce mécanisme est un report, pas une exonération. L'administration ne renonce pas à l'impôt, elle le décale : à la sortie, la part du capital qui correspond aux versements déduits sera réintégrée au revenu imposable et taxée au barème de l'année de sortie.
Trois conséquences en découlent, et elles suffisent à cadrer tout le calcul.
L'économie dépend de la tranche marginale, pas du montant versé. Le même versement de 5 000 € vaut 550 € dans la tranche à 11 % et 2 250 € dans celle à 45 %.
Le gain final dépend de l'écart entre deux tranches, celle du versement et celle de la sortie. Si elles sont identiques, l'avantage se réduit à un effet de trésorerie : l'impôt non payé travaille pendant toute la durée du placement. Cet effet n'est pas mince, et c'est la capitalisation qui le produit : 3 000 € d'impôt différés pendant vingt ans pèsent bien plus que 3 000 €.
Le report n'a de valeur que si les frais ne le mangent pas. Un contrat qui prélève chaque année sur l'encours retire une part croissante de ce que le report a permis de gagner.
Le reste de cet article chiffre ces trois points.
L'économie immédiate, sept exemples
Le barème appliqué est celui de l'imposition 2026 sur les revenus 2025 : rien jusqu'à 11 600 €, puis 11 % jusqu'à 29 579 €, 30 % jusqu'à 84 577 €, 41 % jusqu'à 181 917 €, et 45 % au-delà. Les montants qui suivent sont calculés pour une personne seule, une part de quotient familial, et un versement de 5 000 €.
Le tableau ci-dessous donne l'économie d'impôt de l'année du versement. Deux lignes s'écartent de la tranche affichée, et c'est l'objet de la section suivante.
Un point à noter avant d'aller plus loin : l'économie n'est pas versée immédiatement. Le prélèvement à la source étant calculé sur le revenu de l'année précédente, la déduction se traduit par une régularisation lors de la déclaration de l'année suivante. Un versement effectué en décembre 2026 produit son effet à l'été 2027.
Enfin, le montant déductible est plafonné. Pour un salarié, il correspond à 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, avec un plancher de 4 710 € et un plafond de 37 680 €. Les plafonds non utilisés se reportent sur cinq ans, et ceux du conjoint peuvent être mutualisés.
Économie d'impôt immédiate pour 5 000 € versés
Personne seule, une part de quotient familial, barème 2026 sur les revenus 2025. Les deux lignes en écart correspondent à un versement qui fait descendre le revenu imposable dans la tranche inférieure : l'économie réelle passe alors sous la tranche marginale affichée.
| Revenu net imposable | Tranche marginale | Économie d'impôt | Taux réel |
|---|---|---|---|
| 25 000 € | 11 % | 550 € | 11,0 % |
| 32 000 € | 30 % | 1 010 € | 20,2 % |
| 35 000 € | 30 % | 1 500 € | 30,0 % |
| 60 000 € | 30 % | 1 500 € | 30,0 % |
| 88 000 € | 41 % | 1 877 € | 37,5 % |
| 100 000 € | 41 % | 2 050 € | 41,0 % |
| 200 000 € | 45 % | 2 250 € | 45,0 % |
Le versement qui traverse une tranche rapporte moins
C'est l'erreur la plus fréquente dans les simulations que l'on trouve en ligne : multiplier le versement par la tranche marginale.
La tranche marginale s'applique à la dernière tranche de revenu. Dès que le versement est assez gros pour faire descendre le revenu imposable sous le seuil de cette tranche, la partie qui déborde n'économise plus qu'au taux de la tranche inférieure.
Prenons un revenu net imposable de 32 000 €, soit 2 421 € au-dessus du seuil de la tranche à 30 %.
- 1 000 € versés économisent 300 €, soit bien 30 %
- 2 000 € versés économisent 600 €, toujours 30 %
- 3 000 € versés économisent 790 €, soit 26,3 %
- 5 000 € versés économisent 1 010 €, soit 20,2 %
- 8 000 € versés économisent 1 340 €, soit 16,7 %
À partir de 2 421 €, chaque euro supplémentaire ne rapporte plus que 11 centimes au lieu de 30. L'écart est considérable et il est systématiquement passé sous silence.
La conséquence pratique est directe : il existe un montant de versement au-delà duquel le rendement fiscal marginal s'effondre. Il vaut la peine de le calculer avant de verser, et il correspond exactement à la distance entre le revenu imposable et le seuil de la tranche du dessous.
Le même raisonnement joue au bord haut du barème : à 88 000 € de revenu imposable, un versement de 5 000 € économise 1 877 €, soit 37,5 % et non 41 %.
Ce qui se passe à la sortie
Le PER se dénoue au moment du départ à la retraite, en capital, en rente, ou en combinant les deux. Deux cas de déblocage anticipé existent : l'achat de la résidence principale, et une liste fermée d'accidents de la vie comme l'invalidité, le décès du conjoint, la fin de droits au chômage ou la liquidation judiciaire.
En cas de sortie en capital, et pour des versements qui ont été déduits, l'imposition se scinde en deux.
La part correspondant aux versements est réintégrée au revenu imposable et taxée au barème de l'année de sortie. Elle ne supporte pas de prélèvements sociaux, ce qui est cohérent : ces sommes en ont déjà supporté au titre des revenus d'activité.
La part correspondant aux gains est soumise au prélèvement forfaitaire unique, soit 31,4 % depuis le relèvement des prélèvements sociaux au 1er janvier 2026, ou au barème sur option.
En cas de sortie en rente, le régime relève des rentes viagères à titre onéreux : seule une fraction de la rente est imposable, déterminée par l'âge au premier versement. Deux pages officielles divergeant actuellement sur le taux de prélèvements sociaux applicable, nous décrivons ici le mécanisme sans le chiffrer.
Le point important pour le calcul qui suit : la tranche marginale qui s'appliquera à la sortie n'est pas connue à l'avance. Elle dépend des revenus de retraite, eux-mêmes fonction de la carrière et des règles en vigueur à ce moment. C'est la principale inconnue du dossier, et aucune simulation ne peut la lever.
Le résultat net : PER, PEA, compte-titres
Pour comparer proprement, il faut partir d'une ressource brute identique, et non d'un versement identique. C'est là que la plupart des comparaisons se trompent.
Soit 10 000 € de revenu avant impôt affectés à l'épargne. Sur un PER, la totalité est versée puisqu'elle est déduite. Sur un PEA ou un compte-titres, l'impôt est payé d'abord : dans la tranche à 30 %, il ne reste que 7 000 € à placer.
Cet écart de mise de départ est le vrai moteur du PER. Il travaille pendant toute la durée du placement.
Le support est identique dans les trois cas, un fonds indiciel d'actions mondiales à 0,25 % de frais courants. Le multiple de croissance retenu est la médiane mesurée sur toutes les périodes de vingt ans disponibles depuis 1990, soit 4,05.
Le résultat, net de tout impôt, est donné dans le tableau. Il fait apparaître un seuil net.
Dans la tranche à 11 %, le PER perd. À 29 808 € contre 30 980 € pour le PEA, l'écart est de 1 172 € en défaveur du PER. La raison est simple : le PEA n'acquitte que 18,6 % de prélèvements sociaux sur le gain, sans impôt sur le revenu, tandis que le PER paie 31,4 % sur ses gains. À 11 %, l'économie d'entrée ne suffit pas à compenser cette différence de traitement des plus-values.
Dans la tranche à 30 %, le PER prend 3 542 € d'avance. Dans celle à 41 %, 7 371 € si la tranche redescend à 30 % à la retraite, 6 271 € si elle s'y maintient.
Le résultat est robuste à une hausse de la tranche de sortie. Un contribuable à 30 % qui se retrouverait à 41 % à la retraite conserve 2 442 € d'avance. Le cas défavorable n'est donc pas une tranche qui monte, c'est une tranche basse à l'entrée.
Capital net après vingt ans, pour 10 000 € de revenu avant impôt
Ressource brute identique dans les trois colonnes : le PER reçoit la totalité puisqu'elle est déduite, le PEA et le compte-titres ne reçoivent que le net d'impôt. Même support, fonds indiciel d'actions mondiales à 0,25 % de frais courants, multiple médian de 4,05 mesuré sur les périodes de vingt ans depuis 1990. Frais de contrat supposés identiques.
| Tranche entrée puis sortie | PER | Compte-titres | PEA | PER moins PEA |
|---|---|---|---|---|
| 11 % puis 11 % | 29 808 € | 27 508 € | 30 980 € | − 1 172 € |
| 11 % puis 30 % | 27 908 € | 27 508 € | 30 980 € | − 3 072 € |
| 30 % puis 11 % | 29 808 € | 21 636 € | 24 366 € | + 5 442 € |
| 30 % puis 30 % | 27 908 € | 21 636 € | 24 366 € | + 3 542 € |
| 30 % puis 41 % | 26 808 € | 21 636 € | 24 366 € | + 2 442 € |
| 41 % puis 30 % | 27 908 € | 18 236 € | 20 537 € | + 7 371 € |
| 41 % puis 41 % | 26 808 € | 18 236 € | 20 537 € | + 6 271 € |
| 45 % puis 30 % | 27 908 € | 16 999 € | 19 145 € | + 8 763 € |
0,69 % de frais suffisent à tout annuler
Le calcul précédent suppose des frais identiques des deux côtés. Dans la réalité, ils ne le sont pas.
Un PEA chez un courtier en ligne coûte les frais courants du fonds, soit environ 0,25 %, plus des frais de courtage à l'achat. Un PER assurantiel ajoute des frais de gestion sur l'encours, généralement compris entre 0,50 % et 1,00 % par an pour les unités de compte, parfois davantage, et fréquemment des frais sur versement.
Nous avons cherché le niveau de frais annuels qui annule l'avantage du PER. Dans la tranche à 30 % à l'entrée comme à la sortie, sur vingt ans, il se situe à 0,69 %.
En dessous, le PER reste devant :
- 0,50 % de frais annuels : 25 265 €, soit 899 € de plus que le PEA
- 0,69 % de frais annuels : équilibre
- 0,80 % de frais annuels : 23 801 €, soit 565 € de moins
- 1,00 % de frais annuels : 22 873 €, soit 1 494 € de moins
Ce seuil est le chiffre à retenir de cet article. Il transforme une question fiscale en question de tarif, et il rend la comparaison décidable avant de signer : la grille tarifaire du contrat suffit à trancher. Le simulateur PEA permet de refaire le calcul de la branche concurrente sur ses propres versements.
Il monte avec la tranche marginale. Un contribuable à 41 % dispose d'une marge nettement plus large, ce qui explique que le PER soit surtout défendu pour les hauts revenus. Il descend avec la durée restant à courir, l'effet des frais étant cumulatif.
Le point où le PEA repasse devant, selon les frais du contrat
Ressource brute de 10 000 € avant impôt, tranche marginale à 30 % à l'entrée comme à la sortie, horizon de vingt ans, même support des deux côtés. La ligne du PEA est horizontale parce que ses frais ne varient pas : c'est le PER qui glisse le long de sa propre grille tarifaire. Les deux se croisent à 0,69 %.
Ce que le calcul ne dit pas
Trois éléments échappent au chiffrage et pèsent autant que lui.
Le blocage. Les sommes versées sur un PER sont indisponibles jusqu'à la retraite, hors les cas de déblocage anticipé énumérés plus haut. Sur vingt ou trente ans, c'est une contrainte réelle, et elle n'a pas de prix de marché. Un PEA reste liquide à tout moment, au prix de la clôture avant cinq ans.
La tranche de sortie est une hypothèse. Elle dépend des revenus de retraite et des règles fiscales du moment. Les calculs ci-dessus la font varier pour montrer la sensibilité du résultat, mais aucun d'eux ne la prédit.
Le PER n'est pas une classe d'actifs. Ce qui a été comparé ici, ce sont des enveloppes contenant le même support. Un PER investi en fonds en euros et un PEA investi en actions ne se comparent pas : l'écart viendrait alors du placement, pas de la fiscalité.
Deux articles complémentaires chiffrent les enveloppes voisines : assurance vie ou PEA sur une poche d'actions, et ce que le plafond du Livret A rapporte réellement.
Enfin, ce calcul compare des enveloppes sur un plan de versement donné. Il ne tient compte ni de la situation familiale, ni du reste du patrimoine, ni de l'horizon réel de départ. Il ne constitue pas une recommandation.
Questions fréquentes
Combien rapporte concrètement la déduction d'un versement PER ?
Pour 5 000 € versés par une personne seule : 550 € dans la tranche à 11 %, 1 500 € dans celle à 30 %, 2 050 € à 41 % et 2 250 € à 45 %. L'économie est égale au versement multiplié par la tranche marginale, sauf si le versement fait descendre le revenu imposable dans la tranche inférieure.
Pourquoi mon économie d'impôt est-elle inférieure à ma tranche marginale ?
Parce que le versement a traversé un seuil de tranche. À 32 000 € de revenu net imposable, on se situe 2 421 € au-dessus du seuil de la tranche à 30 %. Un versement de 5 000 € économise donc 30 % sur les 2 421 € qui dépassent le seuil, et seulement 11 % sur les 2 579 € suivants, soit 1 010 € au total, ou 20,2 % du versement.
Le PER est-il intéressant dans la tranche à 11 % ?
Le calcul dit non. Sur vingt ans et à ressource brute identique, un PEA finit à 30 980 € contre 29 808 € pour le PER, soit 1 172 € d'écart en faveur du PEA. Le PEA n'acquitte que 18,6 % de prélèvements sociaux sur ses gains, sans impôt sur le revenu, tandis que le PER paie 31,4 % sur les siens. À 11 %, l'économie d'entrée ne compense pas.
Comment est imposée la sortie en capital d'un PER ?
En deux parts. La part correspondant aux versements déduits est réintégrée au revenu imposable et taxée au barème de l'année de sortie, sans prélèvements sociaux. La part correspondant aux gains est soumise au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, ou au barème sur option.
Quel est le plafond de déduction d'un PER ?
Pour un salarié, 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, avec un plancher de 4 710 € et un plafond de 37 680 €. Les plafonds non utilisés se reportent sur cinq ans, et ceux du conjoint ou du partenaire de PACS peuvent être mutualisés.
À partir de quels frais le PER cesse-t-il d'être avantageux ?
0,69 % de frais annuels supplémentaires par rapport à un PEA, dans la tranche à 30 % à l'entrée comme à la sortie et sur vingt ans. Un contrat à 0,80 % laisse déjà 565 € sur la table, un contrat à 1,00 % en laisse 1 494 €. Ce seuil monte avec la tranche marginale et descend avec la durée restant à courir.
Que se passe-t-il si ma tranche marginale augmente à la retraite ?
L'avantage se réduit sans disparaître. Un contribuable à 30 % qui passerait à 41 % conserve 2 442 € d'avance sur vingt ans, contre 3 542 € si la tranche reste stable. Le cas véritablement défavorable n'est pas une tranche qui monte, c'est une tranche basse au moment du versement.
Sources
- Barème de l'impôt sur le revenu 2026 sur les revenus 2025 : service-public.gouv.fr, fiche F1419. Seuils par part de 11 600 €, 29 579 €, 84 577 € et 181 917 €.
- Plafonds de déduction et report : service-public.gouv.fr, fiche F14709. Plancher de 4 710 €, plafond de 37 680 €, report sur cinq ans.
- Fiscalité de la sortie du PER : service-public.gouv.fr, fiche F34982. Versements déduits imposés au barème sans prélèvements sociaux, gains au prélèvement forfaitaire unique.
- Prélèvements sociaux portés de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026, prélèvement forfaitaire unique à 31,4 % : service-public.gouv.fr, actualité A18796 du 10 février 2026. Chiffres réglementaires arrêtés au 28 juillet 2026.
- Actions mondiales : Kenneth R. French Data Library, Tuck School of Business, Dartmouth. Rendements mensuels dividendes inclus, en dollars, depuis 1990. Le change n'est pas neutralisé.
- Méthode : multiple de croissance égal à la médiane de toutes les périodes de vingt ans disponibles, frais courants de 0,25 % déduits. Les périodes se recouvrent et ne constituent pas des observations indépendantes.
Publié le 29 juillet 2026. Contenu éducatif. Ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Voir l'avertissement sur les risques.